« Dans son article How to find a career that actually fits you? dédié à l’orientation professionnelle, Tim Urban explique très justement l'anxiété ressentie à la sortie de l’enseignement par le phénomène suivant : toute notre vie, nous sommes guidé·es pour passer d’une étape à une autre – comme si nos existences suivaient le cours d’un ruisseau. Nos seuls choix dans cette configuration étant : “comment réussir dans telle ou telle discipline” ? Ou encore : “comment passer au niveau suivant” ? Ainsi, lorsqu’à la vingtaine arrive l’heure de statuer sur un métier, son avenir professionnel, c’est souvent le premier vrai choix de notre vie dans le domaine. Et quelle décision ! Opter pour une spécialisation, une carrière, etc. est souvent présenté comme LE choix qui forgera notre futur. Le premier d’une longue série. » Rigaut, A. (2020, 8 juin)
 

du besoin de spécialisation au quatre nages

Étymologiquement, carrière est un dérivé du terme carrus, qui signifie « fourgon, char ». La métonymie « carrière » désigne quant à elle le chemin emprunté par les susmentionnés chars. Ce n’est que plus tard que l’on a repris cette image pour l’appliquer à la vie professionnelle. Pour les générations précédentes, ce chemin s’apparentait à une autoroute sur laquelle on pouvait rouler à pleine vitesse une fois le ticket d’entrée décroché. La qualité du véhicule – et donc des chevaux sous le capot – était définie par le diplôme. Mais aujourd’hui, le contexte dans lequel nous sommes a transformé cette autoroute en nationale au revêtement plus incertain. Désormais sinueuse et bien souvent semée d’embûches, l’aurige doit faire preuve d’anticipation, d’adaptabilité et de résilience pour mener sa voiture à bon port et ce tout au long de sa vie professionnelle.
 
Dans « le monde d’avant », la vie professionnelle était pensée de manière linéaire. L’orientation était donc un sujet relativement « simple ». On pouvait se tourner vers notre entourage direct et celui-ci, par son partage d’expérience dans un contexte presque similaire pouvait nous conseiller sur notre développement futur – notamment en termes de formations à suivre et diplômes à obtenir.
 

apprendre à passer entre les flotteurs

« Je trouve que l'on doit choisir de manière beaucoup trop précoce notre orientation. Nous ne nous connaissons pas vraiment, et nous allons beaucoup changer. Nous ne sommes même pas adulte mais pourtant, on doit déjà choisir et se spécialiser dans un secteur » Lycéenne en 2nde GT, Baromètre de l'orientation Impala (2022)
De même, le système éducatif a connu de nombreuses évolution au fil des siècles pour répondre aux besoins de main d’œuvre. Ainsi, les premières grandes écoles visaient à former les futur·es officier·es de la fonction publique et coïncident avec les premiers balbutiements de la méritocratie française – notamment avec l’apparition des notes (Rigaut, 2022). Puis, son rôle a évolué. Au début du XXème, à l’époque du fordisme florissant, l’objectif de l’école était de former d’une part des ouvrier·es efficaces et des cadres rompu·es à l’exercice de management « classique ». Et, avec la massification progressive de l’éducation et l’évolution de l’économie d’après guerre, dans les années soixante-dix, l’école avait pour objectif d’uniformiser les connaissances et préparer chacun·e à entrer dans une vie professionnelle unique.
En parallèle de cette évolution éducative, le métier de conseiller·e d’orientation a beaucoup changé au fil du temps. Autrefois simple créateur·rice de ponts entre les notes d’un·e élève et des filières (menant à un métier en particulier), iels endossent un rôle de plus en plus complexe au fil des années. De fait, aux États-Unis plus de la moitié des étudiant·es travaillent dans un domaine différent de leur champ d’études (P. Cachero, 2022). Cela montre bien qu’il devient de plus en plus difficile d’associer une formation à une trajectoire professionnelle définie. Dans ce cas, les actions des conseiller·es d’orientation, comme celle des acteur·rices historiques du domaine (l’étudiant, l’onisep, etc.) la réflexion portée uniquement sur un match compétences/notes/métier ne suffit plus.
Au cours des années 1960, un des défis éducatifs principaux est d'arriver à mieux adapter l’école à l’emploi. Le rôle des orientateur·rices devient donc à la fois celui d'identifier les savoir-faires chez les élèves pour les faire correspondre à des filières (via les notes), mais aussi à des savoirs-êtres nécessaires à la bonne insertion dans le grand bain professionnel (Lehrner, 2020).
« Un décret du 7 juillet 1971 attribue aux personnels d’orientation la mission « d’organiser l’information et l’orientation des élèves dans un processus éducatif d’orientation continue de façon à favoriser leur adaptation à la vie scolaire, de les guider vers l’enseignement le plus conforme à leurs aptitudes, de contribuer à l’épanouissement de leur personnalité et de les aider à choisir leur voie dans la vie active, en harmonie avec les besoins du pays et les perspectives du progrès économique et social » (Caroff, 1987) »
À la lecture de tels rapports, on constate que les évolutions de la sphère éducative sont « réactives » au sens où celles-ci interviennent après un changement structurel…. dans nos modes d'actions ou besoins professionnels.
« L'enseignement doit être résolument retardataire » Alain (Propos sur l’education, 1967)
Pourtant, au vu des enjeux auxquel nous faisons face aujourd'hui, il semble essentiel de changer ce paradigme et adopter une approche éducative proactive.
Car quel que soit le futur vers lequel notre société nage, de nouveaux besoins pédagogiques émergent.
Voici quelques chiffres pour se projeter. Ceux-ci ont été tirés de l'étude Impala réalisée auprès de 30 000 personnes en 2022 : 7% des étudiant·es interrogé·es se sentent totalement perdu·es dans leur orientation. 76% ne savent pas (encore) ce qu'iels veulent faire et considèrent rencontrer au moins un problème dans leur orientation. Enfin, seuls 24% des élèves répondant·es savent ce qu'iels veulent faire estiment être serein·e quant à leur future orientation
Concernant l'accompagnement effectif prodigué en établissements, les chiffres sont tout aussi parlants. 72% des élèves, 77% des enseignant·es et 61% des parents interrogé·es trouvent que l’éducation nationale ne prodigue pas d'accompagnement suffisant en termes d'orientation.
 
 
« L'enseignement doit être résolument retardataire. Non pas rétrograde, tout au contraire. C'est pour marcher dans le sens direct qu'il prend du recul ; car, si l'on ne se place point dans le moment dépassé, comment le dépasser ? » (Alain, 1967)
 
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Outre cette approche similaire relative à l'encadrement des réflexions d'orientation, tous·tes se retrouvent sur unbesoin/enjeu transverse. Ce dernier, cité par les trois cibles(élèves, parents, professeur·es) est : aider les jeunes à acquérir une meilleure connaissance d'elleux-mêmes
 
👉 S'il semble difficile de faire évoluer le paquebot de l'éducation nationale et de ses pratiques pédagogiques en deux brasses, on remarque tout de même, en fond, un changement de paradigme quant à l'orientation. Au-delà d'un apprentissage académique, tous·tes semblent attendre une approche posturale pour permettre à chacun·e de mieux naviguer sa vie natatoire.
 

de la tâche à l'impact

Dans leur baromètre de l'orientation (édition 2022), Impala
D’où un besoin
  1. de se former sur des soft-skills permettant d’appréhender sa vie pro plus sereinement
  1. de prendre du temps pour l’introspection et identifier tôt ses forces, ses faiblesses, ses envies professionnelles et son impact. Bref, de s’émanciper de l’approche linéaire pour adopter une approche user-centered et flexible
 
Face à l’inertie des institutions historiques, de nouveaux·elles acteur·rices émergent donc aujourd’hui pour pallier le besoin des nouvelles générations à aborder leur orientation. C’est ce que je te propose de t’y plonger plus en détail dans cette partie du site
 
 
 

 

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©Our Millennials Today, 2022, site par Apolline Rigaut