« Mon parcours est à l’orientation ce que la Margherita est à la pizza, follement classique » est une phrase que beaucoup de personnes ont pu m’entendre dire ces dernières années. De fait, après un bac ES, une prépa littéraire doublée d’une licence d’anglais et deux concours dans les jambes, j’ai décidé de me tourner vers une école de commerce. Cette décision était autant motivée par mon envie de rester dans une voie généraliste que par ma réticence à devenir professeure.
Pourtant, rien n’indiquait que les débouchés proposées en école ne conviendrait à mes compétences – ni envies. Je me souviens encore avoir lu sur la plaquette présentant le Parcours Grande École les statistiques des domaines choisis par les jeunes diplômé·es. Plus de 40% cumulés dans le conseil et l’audit. À l’époque, je blaguais déjà sur ma dyscalculie ; c’était peut-être mal parti pour les due diligences.
Toujours est-il qu’une fois arrivée à l’emlyon je n’avais aucune idée fixe concernant « l’après ». Ayant toujours évolué dans des domaines plus scientifiques ou culturels, j’ai découvert au fur et à mesure de l’année les « matières » de business school. Après mes études en littérature, être parachutée dans un milieu où le concret fait loi a été un peu difficile – je n’ai pas l’esprit très pratique – mais ne m’a pas déplu pour autant.
Bref, ce PPP décrit mes réflexions autour de mon parcours. Je l’ai divisé en plusieurs parties afin d’en faciliter la lecture :
I - « toi t’es en incubateur depuis toujours » - autour de ma découverte et mon parcours dans l’univers entrepreneurial II - trouver ma place - sur ma quête d’un environnement professionnel qui me correspond
III - our millennials today - comment / pourquoi l’avoir créé
 
(Voici également mon cv version numérique si besoin est de le parcourir)
 

I - « toi t’es en incubateur depuis toujours »

J’ai beau critiquer l’enseignement en business school, je sais pertinemment que je n’aurais jamais été immergée dans l’entrepreneuriat si je n’étais pas passée par l’emlyon – c’eût été fort dommage.
Le stage de rattrapage de mathématiques avait beau avoir des airs de rentrée anticipée pour les 6ème en attendant l’arrivée « des grand·es », celui-ci m’aura permis de rencontrer plusieurs personnes dont le parcours aujourd’hui est « atypique ». Mais j’ai surtout rencontré Marie, qui m’a parlé de son projet entrepreneurial – créer des habitations légères de loisir en upcyclant de vieilles voitures de la SNCF – que j’ai rejoint quasi-immédiatement. L’objectif pour nous était alors de porter ce projet à la fois pour PCE à l’em, mais aussi – et surtout – de participer à Campus Création pour bénéficier d’un accompagnement à l’année. Nous avons donc créé une équipe de 8 personnes (3 ingénieur·es, 4 emlyon et un étudiant en droit) pour mener cela à bien.
Pendant cette année, nous avons donc eu l’opportunité de découvrir la gestion de projet interdisciplinaire, l’innovation durable et le management hands on. La pluralité des tâches à effectuer, les problèmes différents à gérer et l’apprentissage constant sur le terrain m’ont vraiment plu. C’est d’ailleurs pourquoi en fin de première année, après avoir participé à la finale Campus Création en équipe, j’ai décidé de poursuivre l’aventure entrepreneuriale avec ce projet à l’emlyon en lieu et place de mon stage à l’étranger. Ayant déjà vécu à l’étranger et effectué une césure pendant mes années lycées, l’école a accepté ma requête.
Les 6 mois suivants ont été sensiblement différents puisque je suis passée de la gestion d’un projet de 8 personnes à une en l’espace de quelques mois en attendant le retour de mes pairs en stage – les personnes hors emlyon n’avaient pas souhaité continuer le projet post Campus Création. J’ai pu m’approprier encore plus le projet, créer de nouveaux partenariats et préparer notre participation à la Biennale de l’architecture lyonnaise avec une association de sauvegarde du patrimoine industriel. Sur une autre note, j’ai également pu expérimenter différents modes de travail, travaillé sur mes forces/faiblesses et (re)découvert l’importance de s’entourer ou du moins de prendre soin de sa santé mentale.
Au retour de l’équipe en janvier, nous avons continué à travailler sur le projet mais de manière plus sporadique puisque chacun·e devait désormais gérer engagements associatifs, cours et vie personnelle. À terme, nous avons décidé d’arrêter le projet – à la fois pour les raisons susmentionnées et le coût de réalisation du projet, la temporalité ainsi que la juridictions nous semblaient trop lourdes vs. notre expérience.
C’est aussi à partir de la deuxième année à l’emlyon que j’ai commencé à me sentir étouffer. Je me suis rapidement rendue compte qu’aucune des « voies royales » qu’on nous proposait en sortie de parcours ne m’attirait (et que je n’avais pas les compétences nécessaires pour m’y orienter). Pas d’audit, pas de finance, pas de conseil, pas de marketing. Soit, mais quoi donc ? Je n’en avais aucune idée, ne supportais plus le fait d’être en cours pour ne rien apprendre, enchaîner sur des soirées à répétition (rythme que j’avais pourtant en première année sans le remettre en question), bref, d’évoluer dans un vase clos. Je me souviens qu’en février 2017, j’ai décidé de quitter l’école pour quelques semaines pour respirer. En revenant, je ne savais toujours pas quoi faire, mais je voulais changer. Faute de mieux, j’ai commencé dans un premier temps par m’impliquer dans l’entrepreneuriat autant que je le pouvais par le biais de participations à des startup week end (côté staff avec l’association que j’ai rejoint et côté participant·es hors cadre emlyon lorsque j’étais disponible). Je crois d’ailleurs que c’est cette passion entrepreneuriale qui m’a aidée à amorcer mon changement de cap. En juin 2017, j’ai participé au hackathon Vivatech et mon équipe a gagné le premier prix. Suite à cela, les équipes de Sodexo – le client – ont essayé de nous recruter et/ou de nous aider dans notre développement carrière. C’est ainsi qu’ils nous ont parlé de thecamp. Ce hub d’innovation sur le point d’ouvrir proposait un appel à résidence de 6 mois pour les jeunes créatif·ves souhaitant travailler sur les ODD. Le pari était grand, mais mon envie de quitter l’emlyon l’était encore plus. J’ai donc postulé pour rejoindre la cohorte test et en Septembre je quittais Lyon pour emménager dans ce hub d’innovation en cours d’inauguration. En parallèle, j’ai quitté le parcours IDEA – avant même de l’avoir commencé.
J’ai eu le sentiment d’apprendre plus de choses relatives au management, à la gestion de projet et à la vie professionnelle pendant ces 6 mois que pendant ma scolarité à l’emlyon. Notre projet – toujours autour des mêmes valeurs de durabilité, circularité et communauté – consistait cette fois à récupérer l’énergie cinétique des personnes en festival pour en faire des installations artistiques. Notre prototype fonctionnel à l’issue de la résidence était double : une dalle et un jeu de société « le festival dont vous êtes le héros ». Celui-ci s’inspirait des livres où le lecteur/la lectrice crée son propre récit. Le but de ce jeu étant de prendre les meilleures décisions possibles pour attirer le plus de public possible devant les scènes et chauffer la foule de manière à illuminer le festival de leur énergie – un système électronique intégré permettait de visualiser l’effet escompté. De ce fait, les futur·es festivalier·es pouvaient se projeter dans notre univers et le projet de manière concrète. Nous avions eu l’occasion de collaborer avec Dour et d’assister au C2 Montréal grâce à thecamp et ce projet. Mon rôle dans l’équipe était double : je m’occupais de la gestion de projet de manière globale (management / coordination des personnes, définition des objectifs et des actions à mener) et de la partie tech – création du prototype et relation avec les partenaires industriels. L’expérience était très intéressante et j’ai ainsi pu ajouter une corde à mon arc d’innovation via la découverte des fablabs. En revanche, côté management la tâche a été plus ardue puisqu’une des deux personnes de l’équipe a fait un burnout lors du sprint final pré-demoday et entretiens d’incubateurs puisque nous voulions initialement porter le projet au-delà de la résidence. Cela a été assez difficile à gérer, tant sur le pan organisationnel (pour pouvoir créer notre livrable malgré la réduction des effectifs) qu’émotionnel (pour gérer celles de l’équipe et la charge mentale que l’accompagnement de la personne ajoutait à mes tâches). J’ai donc appris que
1/ connaître les modes de fonctionnement, les rythmes et les attentes des personnes avec lesquelles on travaille est essentiel pour éviter que certain·es ne se retrouvent pas démuni·es. En l’occurence, la personne a accumulé trop de pression (exigence de résultat de la part de la résidence puisqu’il y avait un enjeu de reconduction de subventions en fonction de cette première édition + n’arrivait pas à trouver sa place dans le projet) 2/ mettre en place des rituels d’équipe hors « points de suivi projet » permet d’avoir des moments où l’on « ventile » ensemble pour relâcher la pression 3/ idem à échelle individuelle pour faire des points réguliers sur la santé mentale de chacun·e et réagir rapidement s’il y a un dysfonctionnement → plus tôt le problème est identifié plus il sera simple de le résoudre 4/ le partage de valeurs, de vision et une communication transparente est nécessaire pour avoir une bonne cohésion d’équipe…. et donc un développement projet
Outre cette expérience entrepreneuriale, nos « obligations » sur place impliquaient que l’on participe à la vie de thecamp : une occasion parfait pour se former à diverses compétences, toujours liées à l’innovation. J’ai ainsi eu l’opportunité de créer des workshops autour du design thinking, d’en faciliter pour les entreprises venues se former, etc…. et donner une keynote sur la vision des millennials sur les entreprises. Cette dernière a été une première pierre du média Our Millennials Today puisqu’elle m’a permis de poser mes réflexions sur papier et définir ce qui me gênait dans l’approche actuelle de nos carrières – comme des environnements toxiques dans lesquels beaucoup d’entre nous évoluent ensuite.
À l’issue de l’expérience thecamp, j’ai eu plusieurs propositions d’emploi – freelance ou CDI – alors même que ma scolarité à l’emlyon était loin d’être terminée. Ceci cumulé à mon impression d’apprentissage intensif ont participé à mon envie – et tentative – de quitter le master PGE.
Après 3 mois de quête introspective et santé mentale en berne, j’ai décidé de continuer mon parcours à l’emlyon quelle qu’en soit la durée. Le seul impératif étant de ne jamais y remettre les pieds. J’ai donc enchaîné les cours à distance, échanges, et stages, en gardant toujours ma spécialisation en entrepreneuriat et design thinking via des cours/programmes orientés sur la création de projet (comme mon semestre en Inde avec un Sprint en fablab lors de notre passage à Mumbai ou celui en Finlande où nous avions réalisé une mission de consulting en innovation auprès de Polar).
En parallèle, je tiens – périodiquement – depuis thecamp un blog en anglais pour parler innovation et ainsi partager mes apprentissages. Cela me permet aussi d’avoir une forme de portfolio (j’ai récemment créé son pendant français ici)
Quoiqu’il en soit, mon parcours a toujours été marqué par l’innovation, la créativité et le design. La difficulté, ensuite, est de trouver un environnement de travail qui me corresponde.
 

II - trouver ma place

J’ai eu du mal à définir le genre d’environnement dans lequel je me sens en sécurité et à ma place.
De mes stages, je n’ai été que trois fois en entreprise « classique », le reste ayant été en création de projet.
La première fois était chez Accor Hotels dans leur service IT pour un stage de 2 mois en communication interne. L’ambiance relativement pesante (nous n’étions que peu de femmes avec peu de sororité), les tâches dénuées de sens (mon objectif était de rendre le reporting mensuel plus joli), et la localisation (2h de trajet dans les transports en commun) m’ont rapidement épuisée mentalement et physiquement. J’ai su que cet environnement ne me correspondait pas du tout après avoir fait 2 crises de sommeil – réaction de mon corps face au surmenage, j’en avais déjà fait en prépa.
La deuxième était en 2020 chez makesense en accompagnement de jeunes entrepreneur·ses puis chez Alphonse, une des startups anciennement incubées par makesense. Mes missions chez makesense étaient : la facilitation du programme SPRINT comprendre sa cible dans un premier temps puis sa coordination tandis que ma manageuse gérait les deux autres pans du programme. Je recrutais, formais et encadrais les facilitateur·rices bénévoles qui facilitaient le parcours, sélectionnais les entrepreneur·ses et suivaient les promotions. Une fois ces missions prises en main, j’ai pu me consacrer à d’autres plus transverses. Par exemple, j’ai créé un wiki d’équipe et d’onboarding sur l’outil notion.so pour le SPRINT et mis en place des tests d’un programme de mentorat (ensuite repris à plus grande échelle). Même si j’aimais beaucoup être au contact des entrepreneur·ses, les accompagner, je me suis rendue compte que travailler en équipe me vidait de mon énergie (nous étions 15 dans l’incubateur et 70+ dans l’équipe makesense France). Le fait que la frontière pro/perso soit inexistante, comme la récurrence des teambuilding m’épuisaient. Je suis repartie de ce stage avec – aussi – d’énormes doutes concernant les entreprises au management horizontal prônant l’épanouissement lorsqu’en interne le surmenage est monnaie courante et que certaines décisions majeures ne sont pas toujours aussi collégiales qu’annoncées sur le papier. Il en fut de même pour les fortes dissonances entre la mission globale annoncée (durabilité, égalité sociale etc.) et leur mise en place pratique (over-utilisation du bénévolat notamment). Chez Alphonse, mes missions étaient relativement similaires et le constat de fin le fut également. Dans les deux cas, le retour de mes manageuses se sont croisés :
  • mon profil est plutôt indépendant / solitaire dans sa manière de fonctionner, ce qui peut parfois me porter préjudice en équipe
  • j’ai besoin d’avoir mes propres projets, de les lancer et d’être autonome pour se faire sinon je m’ennuie rapidement (cf. la création du programme de mentorat + organisation d’évènements en interne pour les personnes que j’accompagnais chez Alphonse)
  • j’évolue bien en petite équipe au management horizontal mais pas dans des structures ultra-hiérarchisées
  • je gère bien les projets et possède un bon contact humain (facilitation / formation)
  • je manque parfois de rigueur
 
C’est d’ailleurs le retour de ma dernière manageuse chez Alphonse qui m’a motivée à me concentrer sur Our Millennials Today car, pour elle, travailler en entreprise semblait plus nuire à ma santé mentale qu’autre chose. Elle n’avait pas tort puisqu’à chaque expérience, j’ai fait une crise de sommeil ce qui ne m’arrive plus actuellement alors même que mon rythme de travail est parfois très (voire trop) intense.
 

III - our millennials today

Tous ces questionnements et tatônnements ont bien entendu nourri le Our Millennials Today. Le projet est né en 2018 lors de ma crise de sens post thecamp. À cette époque où j’étais profondément paumée, je voyais tous·tes mes ami·es d’école avoir leur diplôme et commencer leur premier job (souvent dans l’entreprise de leur stage de fin d’études) pour les plus avancé·es, les autres se spécialisant de plus en plus sans se poser de questions – apparentes du moins.
Mon propre manque de direction, l’incapacité de l’école à m’accompagner sur ces questionnements (nous n’avions eu que des cours pour nous expliquer comment faire un cv, démarcher les entreprises, mener un entretien mais pas comment identifier ce que l’on a envie de faire) m’a menée à partir à la rencontre de celleux qui semblaient avoir trouvé leur voie. J’ai pu découvrir que nous nous posions/nous étions tous·tes posé des questions à ce moment qu’est l’entrée dans la vie d’adulte, la « vie active ». J’ai donc créé la première version du site (section anglais) qui n’était autre qu’une collection de témoignages anonymes de personnes partageant leurs questionnements, peurs, et envies pour l’avenir. Puis je me suis mise à enregistrer mes échanges et écrire sur ce passage à la vie adulte de manière plus académique – ce que j’ai toujours aimé faire avant même la prépa littéraire.
Au fur et à mesure le média a évolué, mais la mission n’a pas changé : aider chacun·e à trouver sa voie grâce à l’introspection et le soutien de la communauté. En bref, équiper les nageur·ses à plonger dans le grand bain de la vie.
C’est la première fois que je me projette dans un projet / emploi à plus de 6 mois, 1 an, ce qui me rassure sur le choix du chemin emprunté, tant pis s’il est escarpé (ma santé mentale a beaucoup été mise à l’épreuve cette année).
Aujourd’hui je (ré)apprends à entreprendre dans un domaine différent et de nouveau seule (mon défi actuel est de pouvoir m’entourer rapidement).
Et, finalement, lorsque j’y pense je crois qu’il n’y a pas plus cohérent que ce parcours marqué par l’entrepreneuriat.
 

IV - mes questionnements

Aujourd’hui je me demande quels sont les prochaines étapes de mon projet (et donc de mon parcours) car j’amorce un pivot dans mon mode de fonctionnement et de partage de contenu. L’idée est de tester un développement plus orienté réseaux sociaux puisque c’est ainsi que fonctionnent les jeunes générations … (avec une newsletter bimestrielle et non plus mensuelle pour un contenu plus fourni et exploitable). De même je m’interroge beaucoup sur l’équilibre possible à atteindre entre mes deux business plans (modèles d’agence et d’organisme de formation) pour ne pas « me perdre » dans un domaine qui m’intéresse moins bien qu’il permette dans un premier temps de financer le premier.
De manière plus personnelle, je m’interroge sur la manière dont je peux trouver un équilibre dans mon mode de travail (cf. la santé mentale) et comment m’entourer de la manière la plus « saine » possible.
À (très très) long terme j’aimerais pouvoir ouvrir mon incubateur ou du moins lier l’accompagnement de jeunes en quête de sens et l’apprentissage par le faire en les aidant à créer des projets à leur image – ce qui correspond à la notion d’introspection, orientation que propose Our Millennials Today, c’est une corde à ajouter à cet arc nautique.
 
 
 
 
 
 

 

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